Savoir déléguer est une compétence

Je suis toute seule, mais je suis loin de tout faire toute seule. C'est quelque chose que j'aimerais partager avec vous parce que je pense que trop souvent on fait tout soi-même à tort. Parce que le mythe de l'entrepreneur qui fait tout, parce qu'on ne peut pas payer un prestataire pour nous aider, ou qu'on pense ne pas pouvoir, ou qu'on ne veut pas.

C'est hyper dur de se faire aider. C'est reconnaître une zone d'incompétence, d'inconfort, une fragilité. Ça dépasse largement l'aspect financier de l'aide en question. Je pense qu'il est surtout question de lâcher prise et d'accepter le fait qu'une personne plus compétente que soi sur un sujet particulier pose son regard sur son travail. C'est une histoire de remise en question, qui fait que la vraie résistance est, selon moi, ailleurs que dans le porte-monnaie.

Il y a des sujets que j'ai délégués avec beaucoup de facilité. Le site internet par exemple, pour lequel j'ai fait appel à Piko Piko quand c'est devenu sérieux, parce que 30 euros par mois tout compris vaut largement le temps que j'économise à faire un truc qui sera probablement moche ou bancal. Il y a des sujets pour lesquels j'ai mis plus de temps, comme l'aide d'un expert-comptable pour faire un business plan, avoir un regard sur les chiffres, parler rentabilité. Il y a aussi des sujets sur lesquels je regrette de ne pas m'être fait aider plus tôt.

Je me fais coacher depuis septembre 2018 par une personne formidable qui m'aide énormément à avancer justement car toutes les 3 semaines, il me remet en question. Gentiment, doucement, avec bienveillance, mais sûrement. C'est un rendez-vous avec mes difficultés et ma mauvaise foi. D'ailleurs c'est lui qui m'a foutu un coup de pied aux fesses pour le business plan (au bout de trois séances pendant lesquelles je m'agitais sur les finances et l'incertitude et ce business plan que j'allais faire [lol] et que je ne savais pas comment faire et que je n'arrivais pas à m'y mettre et finalement j'étais toujours là autant en souffrance de naviguer à vue, de ne pas avoir de perspective, d'être dans le déni de cette réalité-là). 

Les mauvais jours, cette aide que je vais chercher nourrit un sentiment d'imposture et d'illégitimité, et je me dis que ce n'est pas moi qui réussis mais ceux qui m'aident. Comme si c'était l'un ou l'autre, alors qu'en fait nous réussissons ensemble, l'un et l'autre. Les bons jours, je pense au contraire qu'aller chercher de l'aide, bien s'entourer, et accepter l'aide offerte, est une compétence en soi, et que je suis compétente en la matière (champagne !).

Se faire aider, arrêter de penser qu'on sait et peut tout faire, c'est quelque chose dont on a longuement parlé avec Maître Zinda Sawadogo dont j'ai diffusé l'interview hier. Cet avocat qui intervient dans des dossiers complexes de financement de projets tels que le port d'Abidjan, et dont on peut penser qu'il est plutôt intelligent et compétent, parle de ses difficultés à faire rentrer l'argent dans les caisses au début et dit :

"on a toujours l'impression qu'on sait tout faire nous-mêmes, on a commencé par se dire "on va le faire", et puis on n'y arrivait pas, et puis on a pris un gars qui initialement était un comptable, en plus d'une office manager". Comme vous pouvez l'imaginer, ça m'a rassurée !

Je vous laisse méditer à votre tour : à quel sujet pourriez-vous bénéficier d'aide ? ... et (question plus difficile) pourquoi ne la sollicitez-vous pas ?


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